Historique de la 303 British

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Historique de la 303 British

Message  Neely le Ven 4 Aoû - 8:20

Texte par «Dents d'acier», du forum sentier chasse et pêche.


Depuis mes débuts à la chasse, il y avait toujours quelqu'un pour nous raconter des drôles d'histoires au sujet de cette arme bon marché. Les vendeurs d'armes, les seuls "spécialistes" que nous connaissions, nous disaient de tirer ça sur le tas de roches. Dans le même temps, des oncles et de vieux braconniers nous affirmaient le plus sérieusement du monde que le meilleur moyen de ne pas courir une bête était de la "flamber à la 303". D'autres nous disaient que ça coûtait juste 100$ de la 303 à produire et qu'il ne fallait rien attendre de cet arme vite faite et pas chère alors que d'autres nous affirmaient le contraire: les anglais avaient presque fait faillite à cause de ce fusil. Je fis donc, il y a quelques années de cela, une "petite" recherche. Ce que vous vous apprêtez à lire provient de différentes sources et représente une bonne centaine d'heure de travail en bibliothèque. Bien sûr, j'ai condensé le texte un peu pour ne garder que les grandes lignes sinon c'est 6 ou 7 pages de texte au lieu de 3 que vous auriez dû lire.


1- La présentation:
En 1866, la firme Enfield décida d'arrêter la production des Sniders. Pour le remplacer, on choisit le Martini-Henry. Le mécanisme de culasse était à levier: quand on abaissait le levier le mécanisme basculait vers l'arrière. On plaçait la cartouche dans la chambre manuellement. Quand le coup avait été tiré, on basculait à nouveau ce levier et le mécanisme alors heurtait une fourchette qui allait saisir le rebord de la cartouche et l'éjectait. En janvier 1888, on adopta un calibre 303 British avec une rayure Metford et un magasin Lee. Cette arme avait été longuement pas fortçue et dessinée en tenant compte des détails les plus infimes du calibre et de l'arme elle-même pour créer un fusil parfait. À l'époque on ne savait trop comment prévoir les qualités qu'aurait sur le terrain telle ou telle arme d'où l'attention qu'on devait porter à sa conception. Évidemment, l'arme plut tout de suite et en décembre 1888 le Lee-Metford Magasine Rifle Mark-1 fut adopté et mis en production à la manufacture royale d'armes de petits calibres d'Enfield Lock, dans le Middlesex et à partir de ce moment on lui donna le nom de Lee-Enfield. En 1891, dans l'édition du 28 février de l'Illustrated London News, le Lee-Enfield fut présenté au monde entier. Cependant le seul défaut de cette arme était, et est toujours ( ce qui lui interdit totalement une carrière commerciale sportive ), le coût extrêmement élevé de sa fabrication et son poids comparés aux armes sportives actuelles qui font figure de simple tuyau fileté de qualité avec une culasse montée sur un joli fût, si l'on tien vraiment à les comparé... Pour diminuer les coût astronomiques de sa fabrication, on lui donna une taille unique en 1903 calculé sur les performances optimum pour sa munition située entre celle d'un fusil de guerre, et celle d'une fusil de cavalerie. Le Short Magasine Lee-Enfield ou SMLE (à cause de sa nouvelle taille) devait en effet équiper des unités de toutes catégories, depuis l'infanterie jusqu'à la cavalerie. Il connut des débuts difficiles, mais certains ajustements et améliorations permirent de surmonter ses problèmes de jeunesse, et il équipa le corps expéditionnaire britannique qui partit en France en 1914. Le Lee-Enfield avait reçu entre-temps le nom de fusil N°1 MK III. Il servit à la fois d'arme ordinaire et de fusil de tireur d'élite durant les deux grandes guerres mondiales. La production à grande échelle de ce fusil militaire (qui n'est pas une carabine malgré les apparences) continua sans arrêt dans plusieurs pays pendant 69 ans (Australie 1957). Aujourd'hui, 113 ans (2001) après le début de sa mise en production, le Lee-Enfield peut toujours être comparé et servir au côté des armes de chasse les plus récentes. Il est à noter que la production à petite échelle de la forme évoluée du Lee-Enfield et sous un autre calibre (7.62MM OTAN) à continué longtemps : cette arme portais le nom de L42 A1, réservé aux tireurs d'élites de haut niveau.

2- L'historique:
Ce fut entre 1914 et 1918 que le Lee-Enfield se révéla l'excellent fusil de guerre qu'il était. Au cours de l'année 1914, le corps expéditionnaire britannique (BEF), parfaitement entrainé, effectuait avec cette arme des tirs si précis et meurtriés que, par moment, les formations allemandes se croyaient fauchées par le feu massif de mitrailleuses. Cependant, à la fin de 1915, le corps expéditionnaire britannique avait été complètement exterminé et le conflit s'installa dans la longue et terrible guerre des tranchées. Le SMLE gardait un fonctionnement exemplaire malgré la boue et les conditions météorologiques les plus hostiles. Les soldats apprirent à protéger le canon de la crasse et à préserver le mécanisme de culasse des méfaits de la boue fétide des tranchées en l'enveloppant d'un morceaux de toile (boue composée d'eau, de sang et jus de terre provenant de champs engraissé au fumier depuis des siecles). Les soldats pataugeaient souvent à mi-jambe ou aux genoux dans cette boue, certains s'y noyerent après avoir été blessé. Alors que tout les équipements semblaient rouiller et disparaître à vue d'oeil, ce fusil résistait admirablement bien. Le SMLE était souvent doté d'une lunette de visée pour les tireurs d'élites. Durant la deuxième guerre mondiale, il n'y a eu aucun fusil semi-automatique en service dans l'armée anglaise. En Grande-Bretagne, les dommages étaient trop importants et les usines pas suffisamment grandes pour permettre de modifier les modèles. Le pis-aller devait suffire et ce ne fut jamais aussi évident qu'avec le meilleur ami du fantassin : son fusil. Personne en Angleterre ne pensait que l'Enfield était un pis-aller. Il avait fait une longue carrière depuis son apparition en 1888, avec quelques modifications et améliorations en cours de route. L'une des plus importantes fut l'adoption en 1903, d'une taille unique. Ce fusil était encore en service en 1939 et il était d'une qualité exceptionnelle. La conception des surfaces de verrouillage permettait un maniement facile et très rapide de la culasse ce qui en faisait le fusil à verrou le plus rapide du monde. La cadence de tir, avec un soldat entraîné, atteignait 15 coups minute sans grande fatigue avec une précision qui ne laissait pas de chance et l'on considéra en haut lieu que c'était plus que suffisant pour faire face au semi-auto bas de gamme qui surpeuplaient les arsenaux des différentes nations. C'était suffisant sur papier mais on avait oublié l'entraînement du soldat et le grave défaut du fusil à verrou: le temps nécessaire pour apprendre au conscrits à s'en servir au mieux. En temps de guerre, beaucoup n'avaient pas la pratique suffisante et obtenaient des résultats franchement mauvais, avant de mourir... De plus, les allemands, ayant déjà eu à faire face au SMLE 1914-18 se dotèrent assez rapidement d'un pistolet mitrailleur 9mm leur permettant de pointer, tirer et disparaître très vite de la mire du Lee cherchant à se stabiliser. Le Lee-Enfield avait un autre gros défaut : il était trop difficile à construire ; alors durant les années 1920 un nouveau modèle fut présenté. Il gardait les même caractéristiques du Enfield tout en étant moins coûteux et plus facile à fabriquer (faut s'entendre : par rapport au modèle d'origine). Le SMLE devint donc le N°1 Mark 3 et le nouveau modèle le fusil N°4. Le N°4 possédait une culasse, un corps et un magasin identiques à ceux du N°1, mais sa fabrication avait été simplifiée. La crosse était maintenant fabriquée dans un bois moins coûteux et la disposition de l'embouchoir était changée. Les hausses étaient nouvelles. Sur le N°1 la hausse était comme celle des carabines sportives (mires ouvertes) et il fallait du temps pour enseigner son utilisation correcte pour qui n'avait jammais chassé. Sur le N°4 elle comportait un oeilleton. Le canon du N°4 était plus lourd, ce qui augmentait encore la précision déjà remarquable de cette arme. Plus tard, au cours de la guerre, l'oeilleton n'avait plus que deux positions, pour 300 et 600 mètres. Une formule compliquée permettait d'utiliser la baïonnette (qui elle aussi avait été changée) pour donner une élévation correcte dans le cas de visées intermédiaires. C'était d'une telle hérésie qu'aucun conscrit n'a jamais pû s'en souvenir, en fait, ceux qui l'utilisait assez souvent pour s'en souvenir ne sont jamais revenus des champs de bataille. Après 1944, de nouvelles hausses furent adoptées. Excepté un raccourcissement évident, le N°4 fonctionna presque qu'aussi bien que le N°1, bien qu'il n'eut jamais la même mise en main ni la même qualité. Malgré ses insuffisances comparées aux pistolets mitrailleur et semi-automatiques alliés/ennemis, le soldat britannique aimait son SMLE et il est intéressant de constater qu'en dépit de ses réels inconvénients très peu de fantassins changèrent leur Enfield pour un Garand ou un G-43. Il est aussi à noter que ce fusil a été qualifié de meilleur fusil de guerre des deux grands conflits (Notez que c'étais face à des Mauser et Nagan pour ne citer que ces deux légende ! ). C'est pas rien quand on considère que le Lee était handicapé par une cartouche à bourrelets! Finalement dans les années 1980, ce sont les soviétiques qui goûtèrent en dernier à la médecine du 303 British en Afghanistan; dès qu'ils avaient le malheur de passer près de troupes embusquées afghanes, la mort pleuvait sur eux sans qu'ils puissent riposter avec leurs armes à plus courte porté. Ça se passait face à des AK-47 et 100 ans après la naissance du Lee-Enfield...

3- Sur le terrain de chasse:
Sur le terrain, au Québec, c'est avec le Lee que les chasseurs sportifs ont jusqu'à maintenant récolté le plus d'ours et d'orignaux. Les munitions sont présentes presque partout. Naturellement, comme il est à prévoir que les fusils neufs sont très rares, quelques précautions s'imposent avant d'acquérir cet arme. Tout d'abord le SMLE a été pas fortçu pour chasser le folicule, il est donc lourd et résistant mais en général des modifications ont été faites à la crosse et au fût pour l'alléger un peu. Comme toute bonne chose a ses mauvais côtés : méfiez-vous du recul qui devient très violent lorsque le poids de l'arme descend en bas de 7lbs. Pensez à vérifier aussi si la hausse ajustable reste bien place car au moment du tir, avec le recul, votre point de mire pourrait bien passer de 200v à 500v ! Pas très pratique si vous avez à tirer rapidement un deuxième coup.... Faites-la vérifier par un armurier compétent, certaines de ses armes ont été "usées à la corde" par les militaires. Pour savoir si votre armurier est compétent, demandez-lui ce qu'il pense de la 303 British. Vous en savez maintenant suffisamment assez sur cette arme pour reconnaître un "vendeux de fusil" qui risque d'abîmer volontairement votre arme pour vous en vendre une autre car la vôtre "a la chambre déformée par l'usage intensif" (pratique malheureusement courante). Donc, s'il y a un jeu entre la cartouche et la chambre, visible grâce à "la suie" qui se dépose sur la douille, vous n'avez qu'à faire changer la tête de culasse. Il existe trois longueurs différentes qui ont été expressément pas fortçues pour ça dès l'adoption du fusil en 1888. Un armurier COMPÉTENT sait cela et ne profitera pas de l'occasion pour essayer de vous "passer" une 308 neuve en s'appuyant sur les tables balistiques d'un des pires fabricants de munitions (indice : leurs cartouches de 303Brit n'ont que 950 pi/lb à 300v au lieu de 1330 à 1440). À part son bas prix d'achat (à 150$ en moyenne, c'est déjà un argument) quels avantages peut avoir un chasseur sportif à utiliser ce fusil?

Le cran de sûreté : placé à gauche de la culasse, directement dans le champ visuel du tireur. Cette disposition permet au chasseur de vérifier d'un seul coup d'oeil si son cran de sécurité est en fonction ou non, même si vous êtes déjà en train de viser la plus grosse bestiole que vous n'ayez jamais vue.

La capacité du magasin : vous pouvez remplir votre magasin à 10 cartouches. Grâce à ce magasin détachable vous n'avez pratiquement pas besoin de toucher à vos cartouches. Très pratique quand vous ajustez votre arme sur cible.

L'élévation ajustable de la hausse : pourquoi vous contentez d'une précision relative quand il vous est possible de toucher aux demi-pouces près.

Compartiment de la crosse : vous permet de traîner votre kit de nettoyage avec vous à la chasse et garder votre précision à un niveau optimal jusque dans votre "cache" (bien que plusieurs proprio de 303Brit ont bien apprécié remplacer les bois d'origine par du monté-carlos syntétique.

Calibre : la cartouche 303 British est disponible jusque dans le dernier dépanneur au bord de la forêt et est suffisamment puissant pour abattre proprement les plus gros orignaux.
Il y a quand même trois inconvénients auxquels vous devez penser avant de vous précipiter comme un perdu chez un vendeur d'armes usagées apres avoir lue ce texte:

A- Le poids: si vous avez de la marche à faire c'est un critère important. Ce n'est pas la plus légere.
B- Le confort du tir: un chroniqueur d'un magazine de chasse et pêche connu a déjà qualifié la 303 British de véritable abomination si on la compare aux armes dispendieuses et soignées d'aujourd'hui.
C- La cartouche: difficile de trouver autre chose que du 180gr Soft Point ou Silver-tip. De plus, elle est à bourrelets ce qui vous oblige à être très attentif à la façon dont vous remplirez votre chargeur.


En conclusion :
Si vous désirez une arme de chasse à verrou ultra-légère à balle rapide et qui ne cogne pas trop vous devriez passer votre tour avec celle-ci. Si par contre ce qui vous intéresse c'est un outil de chasse robuste, précis, un verrou rapide et qui a la réputation acquise depuis longtemps de "clouer le gibier sur place" vous devriez peut être considérer cette arme qui n'est pas très dispendieuse. À condition, naturellement, que vous l'ayez fait minutieusement examinée par un armurier compétent. Après avoir lu un tel article vous vous demandez probablement pourquoi, pour beaucoup de gens, la 303 British a une si mauvaise réputation. C'est simple : à une certaine époque, pas très lointaine, des milliers de SMLE usés comme c'est pas permis nous accompagnaient à la chasse causant perte de gibiers. L' éducation des gens en général s'améliorant peu à peu et les mentalités changeant on en vint à prendre conscience que ça valait la peine de payer plus cher pour une arme de meilleure qualité, précise et qui répondait mieux à nos besoins. Automatiquement "les vieilles pétoires" prirent le chemin des vidanges. Mais la mauvaise réputation est restée et, malheureusement, les vendeurs d'armes sortent rapidement "la salisseuse" quand un signe de $$$ n'est pas loin, certains d'entre eux n'hésitent même pas à endommager volontairement la chambre des 303 que les clients leur demandent de vérifier dès qu'ils ont le dos tourné. J'ai vu ça de mes yeux en plus de m'avoir été confirmé par deux armuriers.
La loi c-68 à eu au moins un avantage: les propriétaires de 303Brit usé à la corde les ont détruite plutot que de payer pour les enregistrer ce qui fait que les smle vendu aujourd'hui sont en meilleur état que ce qu'on retrouvais dans les petites annonces des années '80

Soyez prudent et autant que possible faites votre idée vous-même.
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Re: Historique de la 303 British

Message  Rudy54 le Ven 4 Aoû - 11:13

Très bel et intéressant article Exclamation Merci Wink
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Re: Historique de la 303 British

Message  Pascal Therrien le Mer 9 Aoû - 5:22

Oui tu dit cheers
J'aurai du pas la vendre hihi
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